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Le thé dans les cosmétiques : apprendre à lire une étiquette sans se laisser conter

Flacons de soin posés près de feuilles de thé

Le thé cosmétique se repère au dos du flacon : dans la liste d’ingrédients d’un soin pour la peau, le thé vert apparaît le plus souvent sous le nom Camellia Sinensis Leaf Extract, un extrait de feuille. Sa place après l’eau ou en fin de liste en dit plus sur un produit de beauté que le dessin vert de l’emballage.

Crème, lait pour le corps, soin du visage, eau de toilette, shampoing pour cheveux : le thé s’affiche sur beaucoup de produits de beauté, à côté de mots comme « naturel », « polyphénols » ou « vieillissement de la peau ». Nous aimons le thé dans la tasse, et il nous semble utile de savoir ce qu’il devient dans un pot de crème, de la vente à l’application. Grâce à quelques repères, chaque achat se fait l’esprit clair, y compris sur les mentions « anti-âge ».

Sous quels noms le thé figure-t-il sur l’étiquette ?

Le thé figure sur l’étiquette sous son nom INCI, la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques. Ce système utilise le genre et l’espèce de la plante, puis la partie employée et la forme de l’ingrédient. Le théier s’appelant Camellia sinensis, la plupart des noms commencent de la même façon.

Camellia Sinensis Leaf Extract
Extrait de feuilles obtenu avec un solvant. C’est la forme la plus courante, et elle ne précise pas si la feuille vient d’un thé vert ou d’un thé noir.
Camellia Sinensis Leaf
Feuille elle-même, sans extraction déclarée.
Camellia Sinensis Leaf Oil
Huile tirée des feuilles.
Camellia Sinensis Flower Extract
Extrait de fleurs du théier, plus rare.
Hydrolyzed Camellia Sinensis Leaf Extract
Extrait de feuilles dont les composés ont été fractionnés par hydrolyse.

Une confusion revient souvent : l’huile de camélia, nommée Camellia Oleifera Seed Oil, provient des graines d’une autre espèce, Camellia oleifera. Elle n’a donc rien d’un produit du théier, malgré le mot « camélia ». L’inverse existe aussi : un parfum « thé vert », « thé à la rose » ou « earl grey » apporte une odeur sans preuve de la présence de thé, et une note de rose ne dit rien de la feuille. Sans Camellia sinensis dans la liste, seul le mot Parfum parle, et celui-ci regroupe les composants olfactifs sans les détailler, en dehors de certains allergènes qui doivent être déclarés. Pour une boisson aussi, savoir lire une étiquette de thé demande d’aller au-delà du nom affiché en gros.

Comment savoir quelle quantité de thé contient un soin ?

La teneur exacte en thé d’un soin n’apparaît pas sur l’emballage, et la liste INCI donne seulement un ordre. Le règlement européen (CE) n° 1223/2009, à son article 19, impose la liste des ingrédients : ceux présents à plus de 1 % se suivent par ordre décroissant de poids, et ceux à moins de 1 % peuvent ensuite venir dans n’importe quel ordre. Cette liste ne dit pas un mot de l’origine des feuilles, et un fabricant n’a pas à y ajouter le pays de récolte.

Dans la pratique, quelques repères aident à se faire une idée :

  • En tête de liste, on trouve l’eau (Aqua) et les bases de la formule : ce sont les ingrédients les plus présents.
  • Un extrait de thé placé juste après l’eau occupe une place notable, mais un extrait peut lui-même être très dilué.
  • Un extrait placé après les conservateurs ou le parfum, utilisés en général à faible dose, a de fortes chances d’avoir une faible teneur.
  • Au-dessous de 1 %, l’ordre ne dit plus rien : deux ingrédients voisins peuvent avoir des teneurs très différentes.

Prenons un exemple : sur un pot vendu comme « au thé vert », si l’extrait figure en fin de liste, le thé joue surtout un rôle dans l’histoire racontée par le produit. Cela n’en fait pas un mauvais soin : la formulation entière compte, le prix aussi, et une application agréable peut suffire au plaisir. Une crème peut aussi plaire grâce à sa texture ou à son parfum, et les avis lus en ligne ne remplacent pas la lecture de sa liste.

Quel rôle l’extrait de thé joue-t-il dans la formule ?

Le rôle de l’extrait de thé dans une formulation se lit dans les bases de données d’ingrédients, qui lui attribuent des fonctions techniques. Cosmile Europe, base lancée en 2023 par Cosmetics Europe, l’association de l’industrie cosmétique du continent, reprend les fonctions de la base CosIng de la Commission et liste pour Camellia Sinensis Leaf Extract une dizaine de fonctions, parmi lesquelles :

  • conditionnement de la peau, c’est-à-dire la maintenir en bon état ;
  • humectant, pour retenir l’humidité dans le produit lui-même ;
  • adstringent, soit une sensation de peau resserrée ;
  • parfumant, pour renforcer l’odeur du produit ;
  • tonique, pour une sensation agréable sur la peau ou les cheveux ;
  • soin bucco-dentaire, dans les dentifrices et bains de bouche.

Attention à la portée de cette liste : une fonction décrit à quoi un ingrédient peut servir dans un produit, sans garantir le résultat d’un soin donné. La protection contre les agressions extérieures, par exemple, y figure comme une fonction générale, pas comme une promesse. Plusieurs fonctions, comme la stabilisation contre l’oxydation ou la protection contre les ultraviolets, concernent d’abord le produit dans son flacon. Une crème dont l’extrait évite que la formule ne s’abîme ne protège pas pour autant votre visage, et elle ne remplace jamais une protection solaire.

La composition du thé attire aussi les marques. Cosmile cite la caféine, les tanins, les vitamines et les minéraux, et les articles du secteur parlent volontiers de polyphénols. Ces mots décrivent la plante, pas la crème vendue en magasin : ce qu’un ingrédient contient dans la feuille ne dit ni ce qu’il en reste après extraction, ni la dose présente dans la formulation, ni ce qui passe réellement la barrière de la peau. Une vitamine ou des minéraux cités en grand sur un emballage appellent la même question : sous quelle forme, et à quelle place dans la liste ? Quant aux propriétés prêtées au thé, celles qu’une équipe observe sur un extrait isolé en laboratoire ne se transposent pas à une crème du commerce, où l’extrait entre dans un mélange de dizaines d’ingrédients.

Un cosmétique n’est d’ailleurs pas un produit de santé. Le règlement le destine, sur les parties extérieures du corps, au nettoyage, au parfum, à l’aspect ou à l’entretien : il n’a pas vocation à soigner une maladie, quel que soit son ingrédient vedette.

Ce que l’étiquette d’un produit au thé ne prouve pas

L’étiquette d’un produit au thé décrit sa composition, et elle ne prouve ni son efficacité ni l’origine de ses feuilles. Les allégations des cosmétiques obéissent à l’article 20 du règlement de 2009 et au règlement (UE) n° 655/2013, qui fixe des critères communs : elles doivent notamment reposer sur des éléments de preuve et rester loyales. Le fabricant doit tenir ses justificatifs à disposition, mais vous ne les voyez pas au moment de l’achat.

Quelques mots demandent donc une lecture prudente.

  • « Au thé vert » : la mention ne donne aucun pourcentage. La liste INCI reste le seul repère.
  • « Naturel » ou « origine naturelle » : ces termes ne désignent pas un label à eux seuls. Un pourcentage affiché mérite qu’on regarde comment il est calculé.
  • « Bio » : un logo d’organisme certificateur renvoie à un cahier des charges privé, COSMOS par exemple, car le règlement cosmétique européen ne définit pas le bio. Le thé boisson suit une autre logique, celle du label bio alimentaire.
  • « Anti-âge » : l’expression évoque une promesse sur le vieillissement sans dire ce qui a été mesuré, sur combien de personnes ni comment.
  • « Teint éclatant » ou « anti-pollution » : ces formules parlent de l’apparence ou de la pollution de la ville sans préciser le test qui les fonde. La mention peut être exacte, mais l’étiquette ne permet pas de le savoir.
  • « Actif » ou « radicaux libres » : ce vocabulaire scientifique donne une impression d’activité mesurée. Sans dose ni étude citée, il ne dit rien de ce dont le soin serait capable.
  • « Testé dermatologiquement » : la mention dit qu’un test a eu lieu, pas qu’il a donné tel résultat pour votre peau.

Peut-on faire ses soins au thé à la maison ?

Les soins maison au thé circulent beaucoup en ligne, du sachet infusé posé sur les yeux au masque à l’huile de coco, parfois avec un peu de menthe. Une infusion préparée dans la cuisine n’a pourtant rien d’un cosmétique : elle ne contient pas de conservateur, se dégrade vite et n’a suivi aucune évaluation de sécurité. Les recettes ne disent presque jamais quelle concentration utiliser, ni pour quelle peau, ni combien de minutes garder le sachet. Le contour des yeux, zone fragile, mérite une prudence particulière, et une eau de thé oubliée au réfrigérateur n’a pas sa place sur le visage. Pour nous, la plus belle place d’une feuille de thé, vert ou noir, reste la tasse.

Peaux sensibles, réaction et bon réflexe

Une peau sensible peut réagir à un produit au thé comme à tout autre cosmétique, et un ingrédient d’origine végétale n’est pas à l’abri d’une réaction. Enjoy Tea s’adresse aux amateurs de thé et ne remplace en rien une consultation : devant une rougeur qui persiste, des démangeaisons ou un eczéma, ou avant d’appliquer un nouveau soin pendant un traitement de la peau, montrez la liste INCI à votre dermatologue ou à votre pharmacien. Gardez le flacon : son nom complet et son numéro de lot aideront à identifier la formule. Un effet indésirable lié à un cosmétique peut aussi se déclarer sur le portail public de signalement du ministère de la Santé, ouvert aux particuliers.

Une méthode en quatre étapes pour comparer deux produits

La comparaison de deux cosmétiques au thé prend moins d’une minute, en rayon comme en ligne. En France, un site de vente doit afficher la liste complète : la DGCCRF l’a rappelé aux marchands, avec une photo lisible de l’emballage ou la liste recopiée dans la fiche. Pour choisir, la question n’est donc pas le prix affiché ni les avis de clients, mais ce que ce flacon contient.

  1. Cherchez « Camellia Sinensis » dans la liste. Absent, le thé n’est qu’une option de parfum ou un décor.
  2. Repérez sa position par rapport à l’eau, aux huiles, aux conservateurs et au mot Parfum. Une formulation peut aussi ajouter une vitamine ou un extrait de rose à côté du thé : chacun se lit à sa propre place.
  3. Lisez le reste de la formulation, surtout si vous connaissez un ingrédient qui ne vous convient pas.
  4. Comparez les mentions de la face avant avec ce que dit la liste, et gardez la seconde comme référence.

Le moteur de recherche CosIng de la Commission européenne, consultable librement, permet ensuite de vérifier le nom d’un ingrédient inconnu. Quelques mots latins suffisent à faire d’un acheteur séduit par une feuille verte un lecteur averti, aussi à l’aise avec un flacon de beauté qu’avec une boîte de thé.

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