La teneur en théine d’une tasse de thé tourne autour de 30 à 50 mg, avec de forts écarts selon la feuille et l’infusion. La théine n’est autre que la caféine : une seule molécule, deux noms. Le type de thé compte moins qu’on ne le croit, le temps d’infusion et la quantité de feuilles beaucoup plus.
Théine et caféine : une seule et même molécule
La théine et la caféine désignent exactement la même molécule. Le chimiste Friedlieb Ferdinand Runge isole la caféine en 1819 ; en 1827, un savant nommé Oudry extrait du thé une substance qu’il baptise théine ; en 1838, Gerardus Mulder montre qu’il s’agit du même corps. Le mot « théine » a survécu dans l’usage courant, alors qu’il ne désigne rien de chimiquement différent.
Une idée reçue veut que la théine du thé agisse autrement que la caféine du café, de façon plus progressive. Aucune différence de molécule ne l’explique. Le thé contient d’autres composés et il se boit à des doses plus faibles, mais la sensation d’un effet plus doux reste une impression personnelle, à ne pas prendre pour une règle.
Quels ordres de grandeur retenir par tasse ?
Les chiffres de cet article donnent un ordre de grandeur, pas une mesure de votre tasse. L’Autorité européenne de sécurité des aliments compte environ 50 mg pour une tasse de thé noir de 220 ml, et l’université Harvard des valeurs proches pour une tasse d’environ 240 ml. Ces repères varient d’un pays à l’autre et d’une préparation à l’autre.
| Boisson | Caféine, ordre de grandeur | Source |
|---|---|---|
| Thé noir, 220 ml | 50 mg | EFSA |
| Thé noir, 1 tasse | 47 mg | Harvard |
| Thé vert, 1 tasse | 28 mg | Harvard |
| Thé déthéiné, 1 tasse | 2 mg | Harvard |
| Tisane | 0 mg | Harvard |
Une tasse de thé contient en général moins de caféine qu’une tasse de café, pour une raison simple de dose : on utilise bien plus de grains que de feuilles par tasse. Rapportée au poids sec, la feuille de thé est pourtant souvent plus riche que le grain.
Quel thé contient le plus de théine ?
Aucun thé ne contient systématiquement le plus de théine, et la couleur n’est pas un bon indicateur. La maison de thé Red Blossom, qui a rassemblé plusieurs études, note qu’elles ne trouvent pas de lien net entre la famille et la teneur en caféine. Quelle que soit son origine, un thé noir n’est donc pas toujours plus fort qu’un vert, et un thé blanc n’est pas forcément léger.
La seule exception claire est le matcha. Cette poudre de thé vert japonais se boit avec la feuille, au lieu d’être filtrée : tout ce qu’elle contient arrive dans la tasse. Les chiffres cités tournent autour de 19 à 44 mg de caféine par gramme de poudre, soit une dose élevée pour une portion de un à deux grammes.
À l’inverse, un thé de feuilles âgées ou un mélange comme le genmaicha, où du riz grillé remplace une partie du thé vert, en apporte moins à quantité égale. Les thés à faible teneur en théine ne sont donc pas ceux qu’on croit : un thé vert de bourgeons peut dépasser un thé noir ordinaire.
La feuille : variété, âge et ombre
La teneur en théine d’une feuille dépend d’abord de la plante et de sa culture. Les bourgeons et les jeunes feuilles, tendres, comptent parmi les parties les plus riches du théier, ce qui contredit l’image d’un thé blanc de bourgeons très faible. L’ensoleillement et le niveau de cueillette entrent aussi en jeu. L’origine, la variété et l’année de récolte ajoutent leurs écarts, ce qui rend toute moyenne fragile : deux thés de même origine peuvent livrer des doses différentes.
L’oxydation, elle, n’a pas le rôle qu’on lui prête. Cette oxydation change la couleur et le goût de la feuille, mais la classification des familles du thé ne dit pas grand-chose de sa teneur en caféine. Un oolong, à mi-chemin entre vert et noir, ne se situe pas nécessairement au milieu sur ce plan.
L’infusion : le temps et la température comptent le plus
Le temps d’infusion et la température de l’eau pèsent directement sur la quantité de théine qui passe dans la tasse. Une eau très chaude l’extrait plus vite, et presque tous les thés en livrent davantage après cinq minutes qu’après une ou trois. Une étude canadienne souvent citée, signée Hicks, Hsieh et Bell, donne les proportions suivantes, rapportées par plusieurs maisons de thé : environ 9 % de la caféine extraite à 30 secondes, 18 % à une minute, 48 % à trois minutes, 69 % à cinq minutes.
Pour une infusion plus légère, trois gestes suffisent : mettre moins de feuilles, écourter le temps et baisser un peu la température. Les repères de température et de durée par famille restent valables, à condition d’accepter une saveur plus discrète. Les infusions suivantes en contiennent nettement moins : selon une étude de 1996 citée par Red Blossom, la première eau emporte l’essentiel, et il en reste peu à la troisième.
Quatre idées reçues sur la théine
- « Jeter la première eau enlève la théine. » Faux pour l’essentiel : d’après les chiffres ci-dessus, une infusion de 30 secondes n’emporte qu’une petite part de la caféine. Ce rinçage change le goût, sans rendre le thé déthéiné.
- « Le thé déthéiné n’en contient plus. » Il en reste des traces, environ 2 mg par tasse selon Harvard. Ce processus retire la molécule de la feuille sans la supprimer complètement.
- « Le thé vert est toujours plus léger que le noir. » En moyenne, oui selon Harvard, mais un thé vert infusé longtemps peut dépasser un thé noir infusé peu de temps.
- « Tout ce qui ressemble à du thé contient de la théine. » Non. Le rooibos, sans caféine, la verveine ou la camomille n’en contiennent pas. Le maté, en revanche, en apporte, même s’il ne vient pas du théier.
Comment choisir son thé selon l’heure et la dose recherchée
Pour choisir un thé selon sa teneur en théine, raisonnez d’abord en préparation, puis en produit. La meilleure piste reste d’adapter la tasse plutôt que de chercher un thé miracle. Le matin, une boisson plus stimulante passe par un thé noir ou vert de qualité infusé quatre à cinq minutes. L’après-midi, le même thé infusé deux minutes offre un apport nettement plus bas, avec une saveur également plus légère. Le soir, contrairement à une idée répandue, un thé blanc n’est pas le bon réflexe : mieux vaut une plante, généralement sans caféine.
L’origine aide peu. Un thé issu de Chine ou du Japon ne se distingue pas par sa teneur, et la recherche ne dégage aucune règle simple par pays. Au moment de l’achat, le paquet présente rarement la concentration en caféine : les chiffres du tableau restent donc utiles comme ordre de grandeur, sans remplacer votre propre équilibre d’une heure à l’autre. Il existe des thés déthéinés de bonne tenue pour ceux qui aiment le goût et préfèrent limiter la dose.
Effets de la théine : ce que disent les repères européens
La théine reste de la caféine, un stimulant dont l’effet varie d’une personne à l’autre. L’EFSA a publié en 2015 des repères sur la caféine, toutes sources confondues : pour un adulte en bonne santé, jusqu’à 200 mg en une prise et 400 mg sur la journée ne posent pas de problème de sécurité. Pendant la grossesse et l’allaitement, le repère descend à 200 mg par jour, répartis dans la journée. L’agence ajoute qu’une dose de 100 mg proche du coucher peut modifier le sommeil de certains adultes.
Le thé s’additionne donc au café, aux sodas et au chocolat dans ce total. Une personne sensible à cet effet peut préférer le thé le matin et jusqu’à midi, puis passer à une tisane le soir, car cet effet reste très personnel. Notre site parle de thé sans être médecin : si vous êtes enceinte, si vous suivez un traitement ou si la caféine vous donne des palpitations, faites le point avec votre médecin ou votre sage-femme avant de fixer votre consommation de la journée.




